Par Claudette Cormier

jeudi 23 avril 2026

Migration massive de Juncos ardoisés

C'était le 20 avril 2026, chez moi à La Baie. Tôt en matinée, j'ai commencé à observer des groupes de Juncos ardoisés défiler devant la résidence avec empressement. Un groupe, un autre groupe... Ça n'arrêtait pas. Les hordes comprenaient entre 30, 50 ou 80 individus à la fois. Pour avoir déjà vécu un tel phénomène lorsque je demeurais à Saint-Fulgence, je savais que ce mouvement durerait quelques heures. Les juncos passaient derrière et devant la maison. Mais c'était meilleur derrière la résidence. C'est là que j'ai concentré mes efforts d'observation. Je n'avais qu'à attendre et les juncos arrivaient par vagues. Ils allaient tous d'est en ouest, suivant le pied de la chaîne montagneuse. Pour faire court, j'ai recensé pas moins de 2000 individus en quatre heures environ. Puis, le phénomène s'est essoufflé sur l'heure du midi. 

Les Juncos ardoisés passent comme des étoiles filantes (C. Cormier)

Ce phénomène est connu des ornithologues. Cependant, il demeure quand même rare de vivre cette intensité de migration. Pour les ornithologues qui étaient à Tadoussac, ils ont recensé en deux jours au-delà de 200,000 juncos! D'autres espèces peuvent également faire de même, en mentionnant par exemple les parulines en mai. Suite à une migration intense, les oiseaux cherchent à corriger leur positionnement géographique, d'où les groupes d'oiseaux qui filent en masse et dans la même direction.

Le phénomène est dû au fait que les oiseaux migrateurs, les juncos dans ce cas précis, attendent des conditions nocturnes favorables pour migrer. Et comme ce printemps les fenêtres de beaux temps ont été rares, leur migration a été retardée. Puis arrive un système météo provenant du sud. Il y a eu des vents du sud durant la nuit et le jour également, pas simplement au niveau terrestre, mais en altitude. C'est ce que les juncos attendaient. Cela explique pourquoi les juncos sont arrivés dans la région et ailleurs en un grand coup. Ils ont migré durant la nuit. Le jour, les oiseaux sont au sol. Il y avait des juncos partout, que ce soit sur les pelouses en ville, aux abords des boisés et dans d'autres habitats. Les gens qui ont des mangeoires ont soudainement été envahies par des dizaines, voire des centaines d'oiseaux affamés ($$$). Tout le monde en parlait, même les non-initiés en ornithologie.

Voici un Junco ardoisé qui prend une pause (C. Cormier)

Les oiseaux avaient le plumage gonflé à cause du froid (C. Cormier)

Les juncos grattaient le sol pour s'alimenter (C. Cormier)

Lorsque les oiseaux arrivent de la sorte, comme un large front partant de la Côte-Nord et au moins jusqu'au Cap Tourmente, c'est très impressionnant. La nuit, il y avait des millions de Juncos ardoisés dans le ciel nocturne. Au travers d'eux, des bruants et autres passereaux, mais en moindre quantité que les juncos.

Un Junco ardoisé se sustentant suite à sa migration (C. Cormier)

Après la pluie...

Aujourd'hui, 19 avril 2026 à La Baie, il a plu toute la journée. Même que, de la neige a tombé brièvement en après-midi. Quant aux montagnes bordant notre région du Saguenay-Lac-Saint-Jean, des accumulations de neige ont été notées. Un autre front froid contribuant à ce printemps tardif.

En début de soirée, une éclaircie s'est soudainement ouverte au travers des nuages sur l'horizon ouest. Je ne m'attendais aucunement à photographier un coucher de soleil ce soir. Et il était de toute beauté! L'astre a fait un clin d'oeil entre deux masses de nuages comme pour nous encourager dans ce temps maussade et froid. 

Une fenêtre s'est ouverte sur l'horizon ouest au cours de la soirée (C. Cormier)

Dans le ciel couchant, les teintes étaient ambrées. Des canards et des Oies des neiges se sont hâtés à prendre de l'altitude et migrer. La nuit semble prometteuse pour eux. Ce sont des voyageurs nocturnes, comme presque la majorité des espèces d'oiseaux qui font de même. La scène était touchante.

Après la pluie, les Oies des neiges vont migrer durant la nuit (C. Cormier)

Le coucher du soleil n'avait pas dit son dernier mot. De larges rubans de nuages, des altocumulus, traversaient la baie. Ils étaient d'un magnifique ton orangé. Étant contemplative de nature, j'étais sous le joug de cet instant merveilleux.

Les nuages orangés traversent la baie (C. Cormier)

Puis, au cours de la soirée, j'ai eu une autre surprise, crépusculaire celle-là. En me rendant sur le balcon pour  observer la planète Vénus, je me suis rendue compte qu'un croissant de lune était au-dessus d'elle. C'était une conjonction! J'ai fait de mon mieux pour les photographier. Je ne suis pas équipée pour faire de la photographie astronomique. Si vous avez quelques minutes devant vous vers la fin du crépuscule, regardez la planète Vénus située à l'ouest et qui se couche au nord-ouest. Elle est si brillante qu'il est impossible de la manquer. 

Une jolie conjonction Lune-Vénus au-dessus de La Baie (C. Cormier)

mercredi 22 avril 2026

Jour de migration - 4ième et dernière partie

Suite du récit du 18 avril 2026 au Grand Marais de Métabetchouan.

Après nous êtres sustentés côté estomacs au restaurant, Germain et moi allons marcher dans un sentier forestier en après-midi afin de digérer nos hydrates de carbone. Ce qui nous intéresse ici sont les oiseaux passereaux. Avec la matinée très intense que nous avons vécu, c'est tout un contraste à cet endroit. C'est que les passereaux ressentent une baisse de pression atmosphérique. Cela fait qu'ils deviennent très discrets et silencieux. Ils mettent leurs énergies à manger avant que le mauvais temps n'arrive. Et il arrivera. Les oiseaux n'ont pas besoin de cadrans, d'ordinateurs, ni de satellites pour savoir que le régime météo vient de changer. Ils ont un radar intégré en eux.

Nous avons observé un faux hibou sur notre chemin (C. Cormier)

C'est un silence presque troublant dans la forêt concernant les oiseaux. Cependant, nos oreilles sont remplies par le bruit du vent dans la faîte des arbres. Nous recensons ce que nous pouvons sur ce sentier. Sur les parties du sol dégagées de neige, les juncos et les bruants sont occupés et très concentrés à se trouver de la nourriture.

Nous poursuivons notre marche en recherchant des passereaux. Le temps lui, s'assombrit. Des nuages plus opaques cachent le soleil maintenant. En se déplaçant, nous arrivons devant un peuplement de bouleaux. Cela me donne une sensation étrange d'être devant un peuplement de Bouleaux blancs. Tout est blanc, même le ciel derrière les arbres, sauf pour quelques Peupliers faux-tremble situés devant qui apportent un petit contraste rassurant. Cet endroit me donne toujours ce drôle d'effet.

Tout est blanc et laiteux dans ce peuplement de bouleaux (C. Cormier)

Enfin nous voyons quelques oiseaux autres que des bruants et des juncos. Cachés derrière des arbres, deux Pics maculés semblent jouer un « jeu de pics » qu'eux seuls en connaissent les règles. J'ai eu la chance de pouvoir photographier l'un d'eux. En effet, car habituellement, ils se tiennent souvent dans le haut des arbres. Il n'y a pas à dire, les Pics maculés sont de superbes oiseaux à observer.

Cache-cache de Pic maculé (C. Cormier)

Ce Pic maculé, un mâle, est tout à fait superbe (C. Cormier)

Vers la fin de notre marche, Germain détecte la présence de deux Grimpereaux bruns! Ceux-ci émettent leur sifflement aigu, se répondant l'un et l'autre pendant qu'ils grimpent sur les troncs d'arbres. Les oiseaux étant plus petit qu'une Mésange à tête noire, les Grimpereaux bruns sont des experts en camouflage. Arpentant des arbres ayant l'écorce rugueux, comme les pins et les épinettes, ils sont difficiles à détecter.

Le roi du camouflage, le Grimpereau brun (C. Cormier)

Le Grimpereau brun possède un plumage complexe (C. Cormier)

En fin d'après-midi, nous retournons à la maison à La Baie. Nous avons la tête pleine d'images d'oiseaux que nous avons observés toute la journée. Germain et moi jasons de la migration ayant eu lieu aujourd'hui, mais plus les minutes avancent, plus le silence s'installe. Nous sommes brûlés de fatigue. Une grosse journée sur le terrain. Mais le coeur est heureux.

Fin de l'excursion du 18 avril 2026 à Métabetchouan.

mardi 21 avril 2026

Jour de migration - 3ième partie

Suite du récit du 18 avril 2026 au Grand Marais de Métabetchouan.

En recensant les espèces aquatiques dans le Grand Marais, Germain et moi remarquons que des Buses à queue rousse commencent à poindre à l'horizon. Avec les vents du sud-est qui soufflent présentement, les buses vont certainement donner un blitz ce matin. Ces dernières semaines, elles n'ont pas été très choyées côté météo. Elles non plus n'aiment sans doute pas les conditions hivernales tardives de ce printemps.

Illico, nous nous rendons à un site où nous effectuons souvent des inventaires d'oiseaux de proie,  toujours dans la même localité. Aussitôt nos télescopes installés, aussitôt des buses sont repérées. Et de  une, et une autre, puis un groupe, etc. À une reprise, il nous est arrivé d'en compter une vingtaine ensemble! Les Buses à queue rousse se hâtent pour migrer car les conditions météo sont exceptionnelles pour elles ce matin.

Une magnifique Buse à queue rousse adulte qui plane (C. Cormier)

Cette Buse à queue rousse est plus foncée dans son plumage (C. Cormier)

Une Buse à queue rousse, un immature âgé d'un an, en migration (C. Cormier)

Pendant trois bonnes heures, nous comptons les buses à leur passage, soit 143 individus au total! Parfois, un Pygargue à tête blanche vogue dans le ciel. Parfois ce sont les Urubus à tête rouge qui sillonnent le secteur. Nous avons de l'ouvrage en masse pour repérer les oiseaux de proie en migration et pour recenser tout ce qui bouge dans le secteur en mentionnant les passereaux. Pas de répit pour nous. Ça bouge de partout!

Toujours agréable d'observer les Urubus à tête rouge (C. Cormier)

Vers la fin de notre recensement, soudain les vents du sud-est se sont mis à souffler beaucoup plus intensément. Nous estimons qu'ils soufflaient entre 50 et 70 km/hre là où nous étions situés. Sur la route, les feuilles mortes séchées couraient comme s'il y avait une compétition entre elles. À quelques reprises, les feuilles s'aggloméraient et formaient des tourbillons pour s'arrêter abruptement. Sur la chaussée, de la poudrerie de sable nous blastaient de grains de sables. Puis, une bulle de chaleur s'est manifestée. Ma foi! Que se passe-t-il ici? Soudain, Germain et moi avons chaud et devons enlever de nos vêtements d'hiver. Nous enlevons tuques-foulards-gants-doudounes. Il fait 17°C! En arrivant à Métabetchouan tôt ce matin, il faisait 3°C! Nous avions froid!

Sur l'heure du midi, alors que la migration de buses a passablement cessé, nous prenons une petite marche le long du rang, question de dégourdir nos jambes. C'est pendant notre marche que nous avons vu une scène comique. L'image suivante vaut bien quelques rigoles.

Hiver tardif pour le tuyau aussi (C. Cormier)

Finalement, la faim dévorante se fait sentir. Rangeant tout notre attirail, nous nous rendons à un restaurant. Sur notre chemin, nous n'en revenons pas de tout ce que nous voyons sur l'autoroute. Il y a des gens à vélo alors qu'il y a encore des monticules de neige à leurs côtés. Nous observons de nombreuses motos de toutes sortes, des enfants en trottinettes circulant ici et là, des voitures anciennes qui se pavanent sur la route, des camions avec leurs remorques transportant des chaloupes, des gens en T-shirt qui jasent en groupe sur leurs chaises de parterre devant leur garage... Dans l'espace de quelques heures, j'ai eu l'impression de passer de la fin de l'hiver au début de l'été. Jamais de ma vie je n'ai vécu un printemps aussi chaotique, aussi tardif, aussi extrême dans la température. Je vis un yo-yo d'émotions en tentant de m'ajuster à tout ces changements en quelques heures. Quelle journée intense!

P.S. Chers lecteurs, revenez bientôt pour la suite de cette journée.

lundi 20 avril 2026

Jour de migration - 2ième partie

Suite du récit du 18 avril 2026 au Grand Marais de Métabetchouan.

Rendus aux abords du Grand Marais, nous constatons qu'il est encore gelé, environ à 80%. Cependant, une grande nappe d'eau libre est présente dans le marais. Et dans cette nappe d'eau, des Bernaches du Canada, ainsi que de nombreux canards barboteurs et canards plongeurs sont agglomérés dans ce plan d'eau. Les espèces aquatiques en migration sont arrivées en trombe alors que le marais n'est pas encore dégelé en bonne partie. Heureusement, la plupart d'entre eux peuvent aller s'alimenter pendant quelques temps dans les champs avoisinants.

Le Grand Marais abritant de nombreuses espèces aquatiques (C. Cormier)

Dans le ciel, nous entendons caqueter les nombreuses hordes d'Oies des neiges ainsi que des Bernaches du Canada. Que ça fait du bien à entendre! OUI! Je crois que ça y est, qu'on se peut dire que c'est enfin le printemps! Germain et moi levons les jumelles pour admirer ces oiseaux qui sont forts courageux d'affronter les aléas de météo lors de leur migration. D'une façon poétique, en regardant le « V » qu'adopte les oies en migration, j'imagine le ciel porter des colliers de perles. Une beauté sauvage.

Des colliers de perles dans le ciel azuré (C. Cormier)

Les magnifiques Oies des neiges se posant dans le marais (C. Cormier)

Des Bernaches du Canada arrivent dans le secteur pour se reposer (C. Cormier)

En observant le plafond du ciel, je remarque que les nuages, des cirrus, sont très présents. Les cirrus sont des nuages situés à haute altitude qui voilent une partie du rayonnement du soleil. Plusieurs personnes nommes ses nuages « cheveux d'anges ». Lorsqu'il y en a beaucoup dans le ciel, c'est signe qu'une perturbation météorologique s'approche. Nous pouvons nous attendre à des précipitations dans les 24 heures. Ce sera de la pluie ou de la neige selon les saisons. 

Il y a présence de beaucoup de cirrus dans le ciel  (C. Cormier)

P.S. Chers lecteurs, revenez bientôt pour la suite du récit!